Chaque année, à pareille époque, nous reviennent, comme les régimes de vacances, les sempiternelles sélections de livres de l’été soumises à la subjectivité totale du chroniqueur. Prescriptives et péremptoires, ces critiques et régimes ont en commun de distribuer un supplément d’abrutissement à notre repos bien mérité et de nous priver encore un peu plus de notre libre arbitre.
En voici une de plus, mais qui prend le problème en sens inverse. Une liste de chose à ne pas lire. Notre sélection pourra paraître fielleuse, navrante, jalouse ou encore vitriolée mais tout comme il existe un moyen infaillible de reconnaître un chauffeur de taxi partout dans le monde ; c'est quelqu'un qui n'a jamais de monnaie, il existe un moyen infaillible de reconnaître un mauvais livre ; c’est un écrit qui n’a jamais fini de dire toute la bêtise voire la conviction de son auteur.
Récidives – Bernard - Henri Lévy – Grasset
Sous ce pavé (1000 pages) la plage va vous sembler bien ennuyeuse. Car derrière ce soi-disant neuvième tome de ces "Questions de principes" BHL regroupe méticuleusement ses articles, chroniques et textes divers. Ce volume aborde tous les domaines de la littérature à la politique, du grand reportage à la réflexion philosophique, de la Bosnie à L'Irak. Partialité lapidaire et commentaires foireux « le monde est une chose ; la philosophie une autre » ne contribuent en fait qu’à rajouter une pierre à l’édifice de sa propre bibliographie…
Les coloriés – Alexandre Jardin – Gallimard
Sous le couvert d’une fable poétique, cet ouvrage propose un regard quasi ethnologique sur le monde des enfants. Hippolyte Le Play, ethnologue, rencontre à Paris une fille d’un peuple ignorant du monde des adultes. Dafna a trente-deux ans, mais sa conduite reste celle d'une délurée que personne n'a jamais éduquée. Imprévisible, remuée par des émotions intactes et traversée par des désirs immodérés, cette grande fille percute toutes les certitudes d'Hippolyte. L’immaturité comme vertu sert un auteur à la recherche de bons mots. Régression thérapeutique et manichéisme sont au menu. Alexandre Jardin est auteur atteint d’une pathétique incontinence rhétorique. Sans appel.
L’américain – Franz-olivier Giesbert – Gallimard
Franz-Olivier Giesbert est un tueur et un onaniste. Entre autres car l’époque est à l’autobiographie oedipienne. Une plongée introspective assez vaniteuse dans une enfance qui l’on s’en doute n’a pas été à la hauteur de l’homme qu’est devenu FoG. Il y a beaucoup de violence et de sang, en particulier celui des poulets et des lapins de la ferme, où habite sa famille, et que le narrateur, dans un transfert un peu simpliste de l’image du père, se plaît à mettre à mort. Ce livre-psychanalyse s'efforce de déchiffrer l'énigme paternelle… Il est de plus distrayants ouvrages même si ce bouquin se veut une déclaration d’amour filial.
Archimondain Jolipunk - Camille de Toledo - ed. Calmann-Lévy
Une fois de plus le livre d’un auteur qui se fait un blason de ses audaces… « Je suis un asthmatique de l’âme. Je veux dire par là que l'époque me pose un problème respiratoire » est la seule trouvaille du livre. Le héros, "dandy anti-dandy" se veut très didactique. Il emploie un "nous" collectif qui finit par enfermer le lecteur. De plus, on se croirait entendre des jeunes étudiants en philosophie qui n’ont pas encore fini de rentrer sagement dans le moule… Fausse révolte branchouillarde assez peu divertissante et réflexion décevante sur les conditions de la révolte.