Sortilèges sonnores...
Le deuxième tour de Bebel
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Bebel Gilberto poursuit sa reconfiguration «pop-électro-jazz» de la bossa-nova. Deux fois fille de..., ça aide à se faire l'oreille, mais ça encombre: dans les gènes de Bebel, João Gilberto le père, Miucha la mère, deux incontournables de la musique brésilienne. Baby Bebel a bien dû trouver comment détourner l'attention. Elle a pris son temps, avant de frapper un grand coup avec Tanto Tempo en 2000.
Il est là, il porte juste son nom, son petit deuxième tout rose, souriant de son destin de disque fait pour vous rendre la vie légère et dansante. Gagné, donc. Bebel Gilberto a signé neuf titres, emprunté trois autres à Caetano Veloso («Baby», manifeste en 1968 de la bonne correction flanquée par le rock aux fadeurs de l'époque) et à Carlinhos Brown, qui signe l'envoûtant «Aganjú», sur lequel Bebel invite Miucha.
La bossa est là, comme indispensable terreau musical, mais délocalisé avec précaution du côté d'une pop de luxe. Aidée par Marius de Vries (arrangeur de Madonna, Björk, Radiohead...) qui a griffé d'électricité stylée cet opus flatteur et délicieusement sucré. Un archétype?: le très chic «Cada Beijo», qui agglomère sous le vernis la base harmonique de «Summertime», des flûtes «jobimesques», ainsi que des sonnettes reptiliennes et une harpe onirique révélant leur parenté avec les arrangements réalisés par de Vries pour la fée Gudmundsdóttir.
Pour situer: élégante humeur de la bossa, jazz en filigrane, électro de camouflage, et jeu de citations des grands de Bahia. Le tout unifié sous la bannière vocale de Bebel, souffle soufflé – bossa oblige –, timbre de soie pour musique liquide.
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Posté par Bertrand le lundi 27 septembre à 11:15
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Livraisons...
La mer de la fertilité
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Le matin de sa spectaculaire disparition, Mishima avait remis à son éditeur le manuscrit d'une tétralogie désormais mythique, La Mer de la fertilité (The Sea of Fertility). La voici disponible en un seul gros volume de la collection Quarto, après une double refonte, puisque la version française a été réalisée à partir de la traduction anglaise.
Le premier volet, Neige de printemps, est un roman à la fois glacé et brûlant, nourri de contrastes. Où l'écrivain dépeint, à l'aube du XXe siècle, un Japon paradoxal, tiraillé entre ses archaïsmes et une modernité qui risque de lui faire perdre son âme. L'histoire? Les amours tragiques de Satoko, née dans la haute noblesse, et de Kiyoaki, un jeune aristocrate «enclin à la mélancolie» – il mourra à la fleur de l'âge, foudroyé par une maladie pulmonaire. Une trame romantique, assez conventionnelle, sur laquelle Mishima brode ses obsessions: la nostalgie du passé et des rites ancestraux, le goût du vertige et de l'absolu, l'amour des corps vierges et des âmes chevaleresques, la quête effrénée des horizons perdus.
Le second volet, Chevaux échappés, tourne autour de deux personnages eux aussi emblématiques. Le juge Honda qui, dans une époque incrédule, s'accroche aux valeurs et aux sagesses de la tradition. Et Isao, un conspirateur fanatisé qui rêve de mourir en samouraï afin d'expier les fautes d'un Japon occidentalisé, où dominent affairistes et brasseurs d'or. Le moment venu, il monte sur une falaise, au soleil levant, pour se faire seppuku et atteindre la sérénité bouddhique. «Isao aspira profondément et ferma les yeux en se caressant doucement l'estomac de la main gauche. Saisissant le couteau de la droite, il en appuya la pointe contre son corps. Puis, d'un coup puissant du bras, il se plongea le couteau dans l'estomac. A l'instant où la lame tranchait dans les chairs, le disque éclatant du soleil qui montait explosa derrière ses paupières.» Erotisme, ascétisme, cruauté, sensualité de la mort, tous les thèmes de Mishima sont là, dans un dénouement prophétique où il semble décrire sa propre disparition.
Les deux derniers volets prolongent sans emphase et sans relief cette saga vertigineuse. Cet ouvrage est indispensable pour tout passionné de l'auteur qui veut comprendre son destin d'écrivain, ses hantises, et le devenir d'une nation dont il contemple l'épave, sur la mer de la fertilité.
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Posté par Bertrand le lundi 27 septembre à 10:56
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Livraisons...
Une rentrée littéraire
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La rentrée littéraire signe l'ouverture de la course au prix décernés en novembre prochain. Je vous propose de gagner du temps. Imaginons que les jeux sont faits, que nous sommes déjà en novembre prochain. Pourquoi attendre puisque tout est déjà organisé? Faisons un petit exercice de pronostics; histoire de voir si l'avenir nous donnera raison.
Le roman de Christine Angot, celui avec une histoire et des personnages, vient d'obtenir le prix Décembre 2004. Pas de chance, elle voulait le Goncourt et est donc très déçue. Son éditeur, Jean-Marc Roberts (Stock) est, lui, très content. Cependant, c'est Marc Lambron qui se voit décerné le Goncourt à l'usure.
La rentrée littéraire dure trois mois; c'est très long pour un éditeur et très court pour un auteur.
Chez Albin Michel, rien de spécial, la routine: Amélie Nothomb est numéro un sur la liste de FNAC/Le VIF depuis fin août. Derrière elle, les romans qui se vendent le mieux sont des romans américains: le Jim Harrison chez Christian Bourgois et le Philip Roth chez Gallimard.
Le Palmarès ? Philippe Besson (Julliard) a reçu le prix Médicis. Antoine Volodine (Seuil), le prix Renaudot. Chloé Delaume (Verticales), le prix Femina. Benoît Duteurtre (Gallimard), le grand prix du roman de l'Académie française.
Que s'est-il passé durant ces trois mois de folie parisienne? Ces pantins ont déversé de la bile, torché des articles fielleux et troussé des éloges hypocrites, ils ont encore échangé des prébendes, signé des contrats, évoqué des transferts. On a été bon chez Ardisson, chiant et introspectif chez Fogiel, brillant chez Durand, casse-couille chez Giesbert, sincère chez Poivre, énigmatique chez Dolores Oscari, ou réciproquement et enfin absent chez Vrebos, ça tombe bien lui aussi...
Faut-il pour autant brocarder la rentrée ? Non, car on y parle de livres. Et c'est rare au début d'un siècle de terreur et d'absurdité de notre occident décadent.
Ce trimestre littéraire est un mal nécéssaire où l'on donne aux gens "de lettres" l'opportunité d'écrire et de parler du vent et de la pluie, d'une jeune femme qui descend un escalier, de son mari qui ne l'aime plus, de son amant qu'elle aime encore, d'un meurtre ou d'un suicide inexpliqué, d'une larme ruisselent sur la joue d'un enfant, d'un accident qui va tout changer à la page 79...
D'après F. Beigbeder sur http://www.lire.fr
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Posté par Bertrand le mercredi 15 septembre à 10:28
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