« octobre 2004 | PAGE PRINCIPALE | janvier 2005 »
Expo tendances...
    Impressionants

monet.jpg
Les brumes et les vapeurs qui ont envahi le Grand Palais sont un pur palisir pour yeux. Rencontre de trois grands maîtres : l'Anglais William Turner, l'Américain Whistler et le Français Claude Monet. Au-delà des écoles, ces trois grands paysagistes du XIXe siècle ont aimé les mêmes lieux et peint les mêmes éléments : l'eau et la lumière changeante.

A la fin de l’année 1870, fuyant la guerre franco-prussienne, Claude Monet, trente ans, s’installe plusieurs mois à Londres ; c’est là qu’il découvre les œuvres de William Turner (1775-1851), notamment celles, exposées à la National Gallery, appartenant au legs fait par le peintre à la nation britannique. A la même époque, il visite probablement l’atelier de James Whistler (1834-1903), où il peut voir les premiers Nocturnes de l’artistes d’origine américaine — lequel, très jeune, lors de ses premiers séjours à Londres, s’était lui aussi intéressé à l’œuvre de Turner.

Les œuvres de Turner et de Whistler ont eu ainsi une influence certaine, quoique difficile à définir précisément, sur le peintre qui allait devenir le père de l’impressionnisme, et notamment sur le célèbre tableau Impression, soleil levant (Paris, musée Marmottan-Monet), une vue de la Seine au Havre peinte en 1872-1873, dont le titre fut à l’origine du nom donné, par raillerie, à ce nouveau mouvement pictural.

L’exposition - qui regroupe une centaine d’œuvres - permet d’étudier les relations et l’évolution entre les premiers tableaux de Monet inspirés par la Tamise, en 1871, et les « séries » qu’il peignit à Londres en 1899, 1900 et 1901 (avec les motifs du pont de Charing Cross, du Parlement et du pont de Waterloo) à la lumière de nombreuses peintures, aquarelles et gravures de Turner et de Whistler.

Galeries nationales du Grand Palais
Entrée square Jean Perrin
75008 Paris
Informations : tél. 01 44 13 17 17

Posté par Bertrand le mercredi 24 novembre à 11:16

Sortilèges sonnores...
    Capital bonheur

byrne.jpgSur son sixième recueil de chansons, l'ex-Talking Heads parfait son écriture luxuriante, naviguant d'une voix leste entre ironie et lyrisme.

Pionnier d'une fusion très arty de guitares rock et de rythmiques noires, pendant ludique de la new-wave britannique, le groupe new-yorkais a donné pendant dix ans le «la» en matière de dynamisme et d'érudition pop.

Quinze ans après la dissolution des Talking Heads, David Byrne pourrait aisément capitaliser sur ce retour en grâce et reformer, comme tant d'autres, son groupe vache à lait. Seulement voilà, l'homme a grandi, même «à reculons», et ses chansons d'aujourd'hui n'ont sans doute en commun avec celle de ses vingt ans si ce n'est la souplesse du jeu et les amours pour les influences ethniques.

Fasciné depuis longtemps par Caetano Veloso, David Byrne vient de faire cause commune en scène avec le demi-dieu brésilien. Et son nouvel album partage avec le récent A Foreign Sound de Veloso une vision politique de la chanson américaine. En témoignent ses notes de pochettes, alliant à quelques récits de rêves insolites l'évocation des circonstances de sa composition: «Pendant tout ce temps [...] il y a eu deux guerres, l'une par vengeance, l'autre pour consolider des intérêts pétroliers. Comme beaucoup, j'ai fait de mon mieux pour stopper la seconde, mais cela semblait inéluctable, la conséquence malheureuse d'une nation encore sous le choc. Pendant tout ce temps, j'ai rêvé.»

Rêverie politique, donc, à la manière affective d'un John Lennon. Recherchant l'essence de la chanson américaine – avec la certitude d'y trouver, comme Veloso, l'essence de l'Amérique elle-même –, David Byrne compose avec Grown Backwards un retour aux mélodies fines de Broadway. Pas de reprise antique cependant dans ce recueil d'airs nouveaux, sinon auprès des compositeurs classiques, Verdi et Bizet en tête, choisis pour leur lyrisme enchanté. En quête de noblesse américaine, définie par ses rêves de grandeur et son imaginaire joyeux, David Byrne emprunte encore au Bahianais l'instrumentation hybride de Livro (1998), mêlant cordes classiques et percussions latines. Soyeux et tendre, cet habillage sied à merveille à la beauté des mélodies nouvelles de Byrne. Sans jamais perdre son art expert de l'ironie et des juxtapositions lexicales, le musicien laisse libre cours à sa verve la plus émotionnelle, se révélant dans l'exercice un chanteur de plus en plus poignant.

Fondateur en 1988 du label world Luaka Bop, l'homme s'est en effet employé depuis lors à partager sa passion pour les musiques du monde les plus aventureuses, livrant une vision plus fantasque d'un univers exploré simultanément par son contemporain Peter Gabriel. La liberté de ton qu'il a gagnée au passage nourrit sa pop d'une énergie nouvelle. Le «Renaissance-man» new-yorkais assumant, au moment où l'Amérique en prend pour son grade, l'identité nationale de son écriture intime, brassant jazz, comédies de Tin Pan Alley et folklore Cajun dans un même élan jubilatoire.

GROWN BACKWARDS, David BYRNE,

Posté par Bertrand le mardi 16 novembre à 16:24

Livraisons...
    Provocations

schop.jpgSi pour une rencontre entre amis, vous cherchez quelques entames provocantes et propres à animer le débat, vous trouverez sans peine dans les extraits de l'œuvre de Schopenhauer maintenant réunis et traduits sous le titre de L'Art de l'insulte (Die Kunst zu beleidigen, Beck, 2002), un arsenal d'invectives bien senties susceptibles de faire mouche.

Schopenhauer, pessimiste et misanthrope comme on sait, ne réfréne que rarement les sautes d'une humeur noire qui, au gré d'un tempérament sanguin et d'une sensibilité exacerbée, le pousse à pester contre tout et n'importe quoi. Certes, les vitupérations intarissables de cette méchante langue finissent à la longue par lasser. Mais elles peuvent donner pendant un temps raisonnable matière à des joutes oratoires amusantes, moins légères sans doute qu'on ne le croit au premier abord.

Vie douloureuse pour qui juge comme lui que «l'existence est un épisode du néant» et que «l'unique bonheur est de ne pas naître», de se faire aux «têtes ordinaires dont le monde est bourré», de tolérer «le peuple lourdaud des Allemands» et «la vanité nationale des Français», d'admettre «l'étroitesse animale de certains entendements» et le cours «de la déplorable histoire de la race des bipèdes».

Des femmes, inlassablement agressées, aux philosophes, à la nature, la religion, la justice, l'Etat, rien n'est supportable. A moins d'envisager toutes choses comme «une universelle comédie», ce à quoi se résout le philosophe en se libérant de sa douleur dans des diatribes, saillies et autres envolées aussi plaisantes dans la drôlerie de leurs excès que dans leur pétillance.

L'art de l'insulte, Arthur Schopenhauer, éd du Seuil. 188 p.

Posté par Bertrand le vendredi 5 novembre à 10:52

© Hedonsime - Designed by Bertrand/PaKaL - Hosting by Media Move - Routed by easyDNS