« février 2005 | PAGE PRINCIPALE
Contre le Pheng-Shui...
    Ora-ïto, l' empire virtuel

oraito.gifS’imposer en rêvant des produits pour réaliser des objets bien réels: une démarche originale qui a fait d’un jeune créateur surdoué le premier designer du xxie siècle.

Un téléphone Sagem. Un escarpin Roger Vivier. Une bouteille d’eau minérale Ogo. Une bouteille de bière Heineken. Un parfum Adidas. Un sac à dos Vuitton. Une montre Swatch. Des sièges Cappellini et B&B Italia. Un gel capillaire L’Oréal. Une lampe de bureau Artemide. Un nécessaire pour fumeurs Davidoff… autant d’objets de marques provenant l’univers de la consommation, parfois du luxe, qui ont en commun la signature: Ora-ïto. Et qui tous sont représentatifs d’un style que caractérisent simplicité et fluidité, d’une extrême élégance.

Mais qui est donc Ora-ïto? Contrairement à ce que pourraient laisser supposer cette œuvre déjà prolifique et ce nom à consonance nippone, il ne s’agit pas d’un vénérable créateur japonais mais d’un jeune Français surdoué. Passionné, volubile, vibrionnant, doté d’un culot monstre et qui a tout compris de son époque. De son vrai nom Ito Morabito, né dans une grande famille des milieux artistiques, il a préféré devenir le premier designer virtuel. A 27 ans, il vient de présenter à Milan son Ora–ïto virtual Museum. A Paris, il installe dans le 3e arrondissement les bureaux de sa petite entreprise qui emploie déjà 14 personnes. Sa trajectoire météorique est exemplaire.

Ora-ito.com fait un tabac: avec plus de 200 000 visiteurs par mois, c’est le premier site internet, et la seconde œuvre numérique, acquis par le fonds du Centre national d’Art contemporain. Le sac Vuitton imaginaire, réclamé par des Japonais dans les boutiques de la marque, sera même fabriqué en Chine!

Son dernier pari: faire entrer le téléphone dans le marché de la musique numérique mobile. Le nouveau Sagem myX8, tout de blanc laqué et aluminium brossé, est conçu comme «un ghetto blaster de poche». Très proche du monde de la musique, Ora-ïto a d’ailleurs collaboré de très près avec le groupe Air (pochette de CD, site internet). Admirateur de Carlos Ghosn, le jeune designer est fier de son entreprise qui affiche, au bout de cinq ans, un chiffre d’affaires de presque 2 millions d’euros. S’il se sent responsable des emplois qu’il a créés et ne refuse jamais d’assurer la promotion et la communication sur ses produits, il se paie tout de même le luxe de «refuser un projet à un million d’euros (comme celui de la "Star Academy")» pour des raisons éthiques. Et rappelle volontiers que son prénom, Ito, signi-fie en langue sioux «construire l’imaginaire».

www.Ora-ito.com

Posté par Bertrand le mardi 31 mai à 14:34

Des mots & des mets...
    Petit abécédaire de la dégustation

degust.gifLe vin se déguste en trois mouvements, chacun se déclinants en trois plus petits. C’est simple, mécanique, presque rythmique. Il ne faut pas posséder de don particulier, ce n’est que de la mémoire associative. Ceux qui vous disent autre chose sont sur une autre planète.
Premièrement, servez-vous un verre. Pas trop rempli, au premier tiers.
Et puis commencez la dégustation.

La vue

a) regardez la robe du vin. Un rouge jeune sera plutôt grenat, tirant vers le violet. S’il est évolué il présentera des teintes plus briques, tuiles. Un vin blanc jeune sera peu coloré, au plus il sera évolué au plus il présentera des teintes dorées, tirant vers le bronze. Mais tout cela dépendra aussi des conditions de vieillissement, de la vinification et tout un tas de paramètres impossibles à envisager ici.
b) faites tourner doucement le verre autour du vin. Regardez les jambes, ou les larmes, le terme indique la même chose, c’est juste une question de préférence. Ces coulées huileuses indiquent simplement la structure du vin. ET RIEN D’AUTRE ! D’autant que parfois , certains vignerons rigolos ajoutent du glycérol pour rendre le vin plus gras, ça fait plus chic. De plus, le matériau du verre va influer directement sur les jambes, et aussi son nettoyage
c) regarder le disque. La surface du vin. S’il y a des traces irisées à la surface, un peu comme lorsqu’il pleut dans les stations services, c’est que les pépins ont été trop écrasés lors du pressurage. Ce n’est absolument pas grave mais c’est plutôt mauvais en bouche.

Le Nez

a) n’agitez surtout pas le verre, ni le vin. Plongez le nez dans le verre, (attention aux risques de noyade, pour les Cyranos). Humez à petits coups, un peu à la manière d’un chien qui renifle. Cela permet de mieux solliciter les fosses nasales.
b) cassez doucement le vin, en français : faites des vaguelettes dans le verre. Cela oxygène un peu le vin et dégage d’autres arômes. Reniflez encore comme médor.
c) faites tourner un peu à la manière de De Funès dans l’Aile ou la Cuisse, cela impressionne les filles. Et sentez encore. Normalement, si vos verres sont propres et votre nez en bon état de fonctionnement, vous percevrez à chaque fois des arômes différents, de plus en plus puissants.
`


La bouche

Enfin, c’est le moment, enfin quelque chose à boire. Allez-y. Oui, mais là vous venez de boire une grande lampée et vos impressions sont totalement différentes de celles que vous aviez ressenties précédemment.
a) prenez un peu de vin en bouche
b) faites une bouche en cul de poule et prenez un peu d’air.
c) faites rouler un peu le vin en bouche

Cette-fois , normalement, vos impressions sont plus proches du début de l’examen. C’est normal, votre langue est pratiquement aveugle et est seulement capable de reconnaître des impressions simples telles que le salé, le sucré, l’acide et l’amer. Ajoutez-y les tannins, le chaud et le froid et la boucle sera bouclée. Lorsque vous êtes enrhumé, vous ne goûtez presque plus rien, pourtant tout est en place. C’est juste parce que pour percevoir quelque chose vous devez combiner les impressions au niveau du nez et de la bouche. C’est ce que l’on nomme la flaveur.

Dernier conseil : n’oubliez pas de cracher lors de vos dégustations, la route est souvent longue et les platanes ne sont pas tous parfaitement dressés à se tenir calmes sur les bords des nationales. Ce serait trop bête de se gâcher le week-end, ou le permis de conduire pour quelques gorgées de vin. Si vous ne supportez pas l’idée de gâcher du vin en le crachant, élisez votre Bob.

Posté par Eric le mardi 31 mai à 13:49

Sortilèges sonnores...
    Absolutely Worthless Compared To Important Books

tiger-tunesgif.gif
Connue de tous, la propension du Nord à produire une pop aussi bondissante qu'anodine se découvre en Tiger Tunes de singuliers prosélytes.

Filtré par une électronique cheap, le rock épique de ces facétieux Danois consacre l'union d'une pop à la Fischerspooner avec les chants puissants de la scène alternative américaine. Truffé de bricolages en très basse résolution, serti d'hymnes accrocheurs et débridés, ce premier album éreintant résout l'équation rock et machines avec un allant irrésistible.

Posté par Bertrand le mardi 31 mai à 8:31

Livraisons...
    Eco de la mémoire

eco.gifNouveau roman du sémiologue italien, «La Mystérieuse Flamme de la reine Loana» est une séduisante enquête, largement illustrée, sur les méandres de la mémoire et sur les souvenirs d'un homme né, comme lui, sous le régime fasciste.

L'homme qui se réveille d'un coma le 25 avril 1991 dans un hôpital milanais a oublié jusqu'à son nom. Mais sa main, elle, parvient sans peine à refaire la belle signature: Giambattista Bodoni, comme le grand typographe. Le corps se souvient de tout. Mais l'esprit a effacé la mémoire «autobiographique» de ce bibliophile de 60 ans.

Il ne reconnaît ni femme, ni enfants, ni petits-enfants, même s'il les trouve charmants. A-t-il conclu avec la belle Sibilla, qui l'assiste dans son commerce de livres anciens? Bref, il est dans le brouillard. Par contre, son cerveau bouillonne de citations érudites et de dates: son fonds de commerce finalement, sa «mémoire de papier».

Pour l'aider à se reconstruire un passé, sa femme l'envoie sur les lieux de son enfance, dans la propriété de campagne où il a passé la guerre à l'abri des bombes. Là, au long d'un bel été, Yambo – comme on l'appelle depuis qu'il est gamin – va fouiller le grenier de son grand-père, brocanteur et collectionneur obsessionnel. Bandes dessinées des années 1930 et 1940, livres d'école, partitions, disques, journaux, lettres, photographies, jouets, publicités, images pieuses. Yambo retrouve, entre mille merveilles, l'histoire stupide de cette reine Loana dont «la mystérieuse flamme» lui a procuré ses premiers émois. Et à chaque fois qu'il s'approche de sa mémoire intime, cette étincelle réveille en lui une vibration particulière.

De quoi faire surgir la mémoire collective d'une génération, celle qui est née comme l'auteur vers 1930. Tout un trésor d'illustrations joue le contrepoint visuel à ce déferlement de témoignages modestes du passé. Ces images nostalgiques et drôles sont un des grands charmes du livre. Elles font revivre le quotidien d'une Italie fasciste, entre les hurlements du Duce et les ritournelles qui tempèrent et contredisent sans emphase le discours officiel. µ

Un deuxième accident cérébral assaille l'érudit. Alors qu'on hésite à le débrancher, lui continue l'exploration de ses tréfonds dans le brouillard de son âme qui est aussi celui du Piémont de son enfance. Ce brouillard justement qui l'a sauvé, au cours d'un épisode dramatique de la Résistance. Un traumatisme refoulé depuis des décennies, tout comme celui du visage de la jeune fille aimée, morte trop tôt. L'esprit de Yambo s'envole dans une apocalypse délirante où sont convoqués les héros de papier de sa jeunesse. Au seuil de la révélation ultime, pourtant, le soleil devient noir. Adieu, Yambo.

En dépit de leur succès, du Nom de la rose (1985) à Baudolino (2002), les romans d'Umberto Eco pèchent par excès de rhétorique et d'érudition. Ici aussi, le savant sémiologue ne sait pas résister à la tentation des citations trop longues et de l'accumulation. Mais ce n'est pas grave: La Mystérieuse Flamme de la reine Loana (La Misteriosa Fiamma della Regina Loana) échappe en bonne partie à cette lourdeur, par la grâce des icônes enfantines, bien sûr, mais aussi par la proximité de l'auteur avec son personnage de papier. Quand Yambo, de retour au pays, va se soulager dans les vignes, satisfait de son corps qui revit, il y a une vraie tendresse dans le regard qu'Umberto Eco porte sur lui.

Posté par Bertrand le mardi 31 mai à 8:28

© Hedonsime - Designed by Bertrand/PaKaL - Hosting by Media Move - Routed by easyDNS