S’imposer en rêvant des produits pour réaliser des objets bien réels: une démarche originale qui a fait d’un jeune créateur surdoué le premier designer du xxie siècle.
Un téléphone Sagem. Un escarpin Roger Vivier. Une bouteille d’eau minérale Ogo. Une bouteille de bière Heineken. Un parfum Adidas. Un sac à dos Vuitton. Une montre Swatch. Des sièges Cappellini et B&B Italia. Un gel capillaire L’Oréal. Une lampe de bureau Artemide. Un nécessaire pour fumeurs Davidoff… autant d’objets de marques provenant l’univers de la consommation, parfois du luxe, qui ont en commun la signature: Ora-ïto. Et qui tous sont représentatifs d’un style que caractérisent simplicité et fluidité, d’une extrême élégance.
Mais qui est donc Ora-ïto? Contrairement à ce que pourraient laisser supposer cette œuvre déjà prolifique et ce nom à consonance nippone, il ne s’agit pas d’un vénérable créateur japonais mais d’un jeune Français surdoué. Passionné, volubile, vibrionnant, doté d’un culot monstre et qui a tout compris de son époque. De son vrai nom Ito Morabito, né dans une grande famille des milieux artistiques, il a préféré devenir le premier designer virtuel. A 27 ans, il vient de présenter à Milan son Ora–ïto virtual Museum. A Paris, il installe dans le 3e arrondissement les bureaux de sa petite entreprise qui emploie déjà 14 personnes. Sa trajectoire météorique est exemplaire.
Ora-ito.com fait un tabac: avec plus de 200 000 visiteurs par mois, c’est le premier site internet, et la seconde œuvre numérique, acquis par le fonds du Centre national d’Art contemporain. Le sac Vuitton imaginaire, réclamé par des Japonais dans les boutiques de la marque, sera même fabriqué en Chine!
Son dernier pari: faire entrer le téléphone dans le marché de la musique numérique mobile. Le nouveau Sagem myX8, tout de blanc laqué et aluminium brossé, est conçu comme «un ghetto blaster de poche». Très proche du monde de la musique, Ora-ïto a d’ailleurs collaboré de très près avec le groupe Air (pochette de CD, site internet). Admirateur de Carlos Ghosn, le jeune designer est fier de son entreprise qui affiche, au bout de cinq ans, un chiffre d’affaires de presque 2 millions d’euros. S’il se sent responsable des emplois qu’il a créés et ne refuse jamais d’assurer la promotion et la communication sur ses produits, il se paie tout de même le luxe de «refuser un projet à un million d’euros (comme celui de la "Star Academy")» pour des raisons éthiques. Et rappelle volontiers que son prénom, Ito, signi-fie en langue sioux «construire l’imaginaire».
www.Ora-ito.com