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Eco de la mémoire
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Nouveau roman du sémiologue italien, «La Mystérieuse Flamme de la reine Loana» est une séduisante enquête, largement illustrée, sur les méandres de la mémoire et sur les souvenirs d'un homme né, comme lui, sous le régime fasciste.
L'homme qui se réveille d'un coma le 25 avril 1991 dans un hôpital milanais a oublié jusqu'à son nom. Mais sa main, elle, parvient sans peine à refaire la belle signature: Giambattista Bodoni, comme le grand typographe. Le corps se souvient de tout. Mais l'esprit a effacé la mémoire «autobiographique» de ce bibliophile de 60 ans.
Il ne reconnaît ni femme, ni enfants, ni petits-enfants, même s'il les trouve charmants. A-t-il conclu avec la belle Sibilla, qui l'assiste dans son commerce de livres anciens? Bref, il est dans le brouillard. Par contre, son cerveau bouillonne de citations érudites et de dates: son fonds de commerce finalement, sa «mémoire de papier».
Pour l'aider à se reconstruire un passé, sa femme l'envoie sur les lieux de son enfance, dans la propriété de campagne où il a passé la guerre à l'abri des bombes. Là, au long d'un bel été, Yambo – comme on l'appelle depuis qu'il est gamin – va fouiller le grenier de son grand-père, brocanteur et collectionneur obsessionnel. Bandes dessinées des années 1930 et 1940, livres d'école, partitions, disques, journaux, lettres, photographies, jouets, publicités, images pieuses. Yambo retrouve, entre mille merveilles, l'histoire stupide de cette reine Loana dont «la mystérieuse flamme» lui a procuré ses premiers émois. Et à chaque fois qu'il s'approche de sa mémoire intime, cette étincelle réveille en lui une vibration particulière.
De quoi faire surgir la mémoire collective d'une génération, celle qui est née comme l'auteur vers 1930. Tout un trésor d'illustrations joue le contrepoint visuel à ce déferlement de témoignages modestes du passé. Ces images nostalgiques et drôles sont un des grands charmes du livre. Elles font revivre le quotidien d'une Italie fasciste, entre les hurlements du Duce et les ritournelles qui tempèrent et contredisent sans emphase le discours officiel. µ
Un deuxième accident cérébral assaille l'érudit. Alors qu'on hésite à le débrancher, lui continue l'exploration de ses tréfonds dans le brouillard de son âme qui est aussi celui du Piémont de son enfance. Ce brouillard justement qui l'a sauvé, au cours d'un épisode dramatique de la Résistance. Un traumatisme refoulé depuis des décennies, tout comme celui du visage de la jeune fille aimée, morte trop tôt. L'esprit de Yambo s'envole dans une apocalypse délirante où sont convoqués les héros de papier de sa jeunesse. Au seuil de la révélation ultime, pourtant, le soleil devient noir. Adieu, Yambo.
En dépit de leur succès, du Nom de la rose (1985) à Baudolino (2002), les romans d'Umberto Eco pèchent par excès de rhétorique et d'érudition. Ici aussi, le savant sémiologue ne sait pas résister à la tentation des citations trop longues et de l'accumulation. Mais ce n'est pas grave: La Mystérieuse Flamme de la reine Loana (La Misteriosa Fiamma della Regina Loana) échappe en bonne partie à cette lourdeur, par la grâce des icônes enfantines, bien sûr, mais aussi par la proximité de l'auteur avec son personnage de papier. Quand Yambo, de retour au pays, va se soulager dans les vignes, satisfait de son corps qui revit, il y a une vraie tendresse dans le regard qu'Umberto Eco porte sur lui.
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Posté par Bertrand le mardi 31 mai à 8:28
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En quoi croire ?
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C'est devenu un créneau, depuis le 11 septembre 2001. La religion s'est installée au coeur du débat social et politique. Elle est sortie de la sphère privée pour envahir le champ public. Nicolas Sarkozy, qui veut récrire la loi de 1905, se signe devant les caméras au lancement d'un méthanier.
A la télévision, même Thierry Ardisson, le grand gourou de la dérision, avoue sa foi catholique, tandis que l'agnostique Michel Drucker n'hésite pas à demander gravement à tel invité: «Vous êtes croyant?» Gérard Depardieu, qui a lu saint Augustin à Notre-Dame, clame avoir «testé» tous les dieux (Vivant! chez Plon). Sur les stades, les sportifs rivalisent ostensiblement de prosternations et de signes de croix. Ce n'est pas la ferveur qui sidère, mais l'affichage. Insensiblement prospère l'idée que les dieux auraient tous les droits et que les religions seraient au-dessus de toute critique.
De quoi déchaîner Michel Onfray, philosophe «antiplatonicien» et hédoniste plein de santé. Dans un essai exaspéré (Traité d'athéologie, chez Grasset), il dénonce le mélange des genres - religieux et politique - dans nos sociétés dites laïques et démocratiques. En se défendant de tout mépris pour les croyants, il souligne le caractère irrationnel de leur foi: «De la pensée magique, dit-il, pour éviter de regarder le réel en face.» Quand il n'y a plus ni beaux discours, ni grandes idées, ni horizons très nets, on se raccroche à Dieu: «Plutôt une fable que rien.» Onfray prévient: «On ne tue pas un rêve, on n'assassine pas un subterfuge. Ce serait même plutôt lui qui nous tue: car Dieu met à mort tout ce qui lui résiste. En premier lieu la Raison, l'Intelligence, l'Esprit critique.» Loin d'être inoffensifs, les monothéismes sont dangereux, selon Onfray. Ils auraient généré «bien plus de batailles, de massacres, de conflits et de guerres que de paix», ils enseigneraient la haine de l'intelligence, la haine du corps, la haine des femmes.
Pour se consoler d'être mortels, et mettre de l'ordre dans leur chaos intime, certains ont choisi d'autres cultes - le développement de soi - et des demi-dieux: ces «gourous et charlatans» auxquels Roger-Pol Droit consacre un essai en forme de fiction: Votre vie sera parfaite, chez Odile Jacob. Mais, dans le miroir, assène l'auteur, on ne retrouve jamais que soi-même, lesté de quelques truismes. «Et si vous retrouviez votre liberté?» suggère-t-il. Michel Onfray ne dit pas autre chose. Mais lui propose, outre Epicure, une solution collective: militer fermement pour un athéisme «vraiment athée», nettoyé de ses influences judéo-chrétiennes. Le retour bruyant du religieux suscitera d'autres colères.
Michel Onfray, Traité d'athéologie, GRASSET, 2005
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Posté par Bertrand le mardi 15 février à 12:33
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Le prince du dernier royaume
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Pascal Quignard poursuit dans deux livres sa quête de l'amont paradisiaque originel (ce qu'il appelle le «jadis»). C'est à l'écriture fragmentaire qu'il recourt une nouvelle fois pour mettre au jour ses multiples échos enfouis en nous.
En 2002, Pascal Quignard inaugurait une nouvelle sorte de Petits Traités en publiant d'un coup les trois premiers volumes d'un ensemble à venir plus important encore, intitulé Dernier Royaume. Ombres errantes, premier tome de ces fragments radioactifs, obtint l'inattendu Prix Goncourt que ne lui avaient pas valu ses romans Le Salon du Wurtemberg, Tous les Matins du monde ou Terrasse à Rome. L'écrivain poursuit aujourd'hui sa quête avec deux nouveaux volumes: Les Paradisiaques explore les lieux du «jadis», ce passé intime toujours vivant, tandis que Sordidissimes inventorie les objets de rebut voués à la mort.
On sait depuis Vie secrète (1998), somme inclassable sur l'amour et le sexe, que Quignard s'est détaché de l'obsession des genres.
Dans ces pages le plus souvent denses et abruptes, fiction et pensée forment une tresse serrée qu'on ne saurait démêler. Quignard y conjugue goût de l'abstraction et sens du détail concret. Dans Les Paradisiaques, il remonte à ce monde antérieur au langage qu'il appelle le jadis, aux traces utérines de la vie avant la vie et du temps avant le temps, par opposition au passé qui est le territoire des êtres parlants. C'est seulement dans la méditation et la solitude, en se tenant à l'écart de la société, qu'il sait pouvoir retrouver cet amont paradisiaque lié pour lui au secret et au sacré.
Les nombreuses histoires qu'il rapporte, puisées à toutes les sources (orientales ou occidentales, antiques ou modernes), s'éclairent peu à peu de ses réflexions, et réciproquement, même si subsiste une part d'obscurité imputable à sa façon de penser par sautes d'idées et courts-circuits. Le jadis rencontre en nous de multiples échos enfouis. Pour les réveiller, pour tenter de dire l'indicible, il faut interroger la langue et ses étymologies cachées, se tenir au plus près du sens et des sens. Et constater la contradiction fondamentale entre le besoin de reconnaissance de la raison et la non-reconnaissance du désir.
«Il y a dans l'amour fusionnel, dans la confusion, dans l'indévisagement loin en amont des visages, note-t-il, quelque chose du paradis.» Et d'explorer longuement le thème de la ressemblance, dont Lévi-Strauss disait qu'il n'était qu'un cas particulier de la différence, celui où la différence tend vers zéro. On passe ainsi de l'Iliade (avec Ulysse de retour à Ithaque) aux contes (où les morts se reconnaissent, si les vivants s'ignorent), et du cas réel de Martin Guerre aux troublantes histoires érotiques de Brantôme sur Marie d'Enghien ou Mme de Tournon.
Paradoxe de la reconnaissance et fascination du secret: deux composantes de l'œuvre d'un très grand lettré qui se tient constamment sur une crête étroite. On le vérifie dans le versant sombre que constitue Sordidissimes, où Quignard s'intéresse aux débris, défroques et déchets en tout genre. Sans perdre de vue son but ultime qui est le réenchantement du monde, comme on le voit à propos de l'énigmatique injonction bouddhique: «Ne restez pas silencieux mais surtout ne parlez pas!» Seul le langage écrit constitue une réponse: «Le livre comme laisse entre oralité et silence.» Ardu et superbe.
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Posté par Bertrand le lundi 17 janvier à 13:38
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Provocations
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Si pour une rencontre entre amis, vous cherchez quelques entames provocantes et propres à animer le débat, vous trouverez sans peine dans les extraits de l'œuvre de Schopenhauer maintenant réunis et traduits sous le titre de L'Art de l'insulte (Die Kunst zu beleidigen, Beck, 2002), un arsenal d'invectives bien senties susceptibles de faire mouche.
Schopenhauer, pessimiste et misanthrope comme on sait, ne réfréne que rarement les sautes d'une humeur noire qui, au gré d'un tempérament sanguin et d'une sensibilité exacerbée, le pousse à pester contre tout et n'importe quoi. Certes, les vitupérations intarissables de cette méchante langue finissent à la longue par lasser. Mais elles peuvent donner pendant un temps raisonnable matière à des joutes oratoires amusantes, moins légères sans doute qu'on ne le croit au premier abord.
Vie douloureuse pour qui juge comme lui que «l'existence est un épisode du néant» et que «l'unique bonheur est de ne pas naître», de se faire aux «têtes ordinaires dont le monde est bourré», de tolérer «le peuple lourdaud des Allemands» et «la vanité nationale des Français», d'admettre «l'étroitesse animale de certains entendements» et le cours «de la déplorable histoire de la race des bipèdes».
Des femmes, inlassablement agressées, aux philosophes, à la nature, la religion, la justice, l'Etat, rien n'est supportable. A moins d'envisager toutes choses comme «une universelle comédie», ce à quoi se résout le philosophe en se libérant de sa douleur dans des diatribes, saillies et autres envolées aussi plaisantes dans la drôlerie de leurs excès que dans leur pétillance.
L'art de l'insulte, Arthur Schopenhauer, éd du Seuil. 188 p.
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Posté par Bertrand le vendredi 5 novembre à 10:52
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La mer de la fertilité
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Le matin de sa spectaculaire disparition, Mishima avait remis à son éditeur le manuscrit d'une tétralogie désormais mythique, La Mer de la fertilité (The Sea of Fertility). La voici disponible en un seul gros volume de la collection Quarto, après une double refonte, puisque la version française a été réalisée à partir de la traduction anglaise.
Le premier volet, Neige de printemps, est un roman à la fois glacé et brûlant, nourri de contrastes. Où l'écrivain dépeint, à l'aube du XXe siècle, un Japon paradoxal, tiraillé entre ses archaïsmes et une modernité qui risque de lui faire perdre son âme. L'histoire? Les amours tragiques de Satoko, née dans la haute noblesse, et de Kiyoaki, un jeune aristocrate «enclin à la mélancolie» – il mourra à la fleur de l'âge, foudroyé par une maladie pulmonaire. Une trame romantique, assez conventionnelle, sur laquelle Mishima brode ses obsessions: la nostalgie du passé et des rites ancestraux, le goût du vertige et de l'absolu, l'amour des corps vierges et des âmes chevaleresques, la quête effrénée des horizons perdus.
Le second volet, Chevaux échappés, tourne autour de deux personnages eux aussi emblématiques. Le juge Honda qui, dans une époque incrédule, s'accroche aux valeurs et aux sagesses de la tradition. Et Isao, un conspirateur fanatisé qui rêve de mourir en samouraï afin d'expier les fautes d'un Japon occidentalisé, où dominent affairistes et brasseurs d'or. Le moment venu, il monte sur une falaise, au soleil levant, pour se faire seppuku et atteindre la sérénité bouddhique. «Isao aspira profondément et ferma les yeux en se caressant doucement l'estomac de la main gauche. Saisissant le couteau de la droite, il en appuya la pointe contre son corps. Puis, d'un coup puissant du bras, il se plongea le couteau dans l'estomac. A l'instant où la lame tranchait dans les chairs, le disque éclatant du soleil qui montait explosa derrière ses paupières.» Erotisme, ascétisme, cruauté, sensualité de la mort, tous les thèmes de Mishima sont là, dans un dénouement prophétique où il semble décrire sa propre disparition.
Les deux derniers volets prolongent sans emphase et sans relief cette saga vertigineuse. Cet ouvrage est indispensable pour tout passionné de l'auteur qui veut comprendre son destin d'écrivain, ses hantises, et le devenir d'une nation dont il contemple l'épave, sur la mer de la fertilité.
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Posté par Bertrand le lundi 27 septembre à 10:56
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Une rentrée littéraire
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La rentrée littéraire signe l'ouverture de la course au prix décernés en novembre prochain. Je vous propose de gagner du temps. Imaginons que les jeux sont faits, que nous sommes déjà en novembre prochain. Pourquoi attendre puisque tout est déjà organisé? Faisons un petit exercice de pronostics; histoire de voir si l'avenir nous donnera raison.
Le roman de Christine Angot, celui avec une histoire et des personnages, vient d'obtenir le prix Décembre 2004. Pas de chance, elle voulait le Goncourt et est donc très déçue. Son éditeur, Jean-Marc Roberts (Stock) est, lui, très content. Cependant, c'est Marc Lambron qui se voit décerné le Goncourt à l'usure.
La rentrée littéraire dure trois mois; c'est très long pour un éditeur et très court pour un auteur.
Chez Albin Michel, rien de spécial, la routine: Amélie Nothomb est numéro un sur la liste de FNAC/Le VIF depuis fin août. Derrière elle, les romans qui se vendent le mieux sont des romans américains: le Jim Harrison chez Christian Bourgois et le Philip Roth chez Gallimard.
Le Palmarès ? Philippe Besson (Julliard) a reçu le prix Médicis. Antoine Volodine (Seuil), le prix Renaudot. Chloé Delaume (Verticales), le prix Femina. Benoît Duteurtre (Gallimard), le grand prix du roman de l'Académie française.
Que s'est-il passé durant ces trois mois de folie parisienne? Ces pantins ont déversé de la bile, torché des articles fielleux et troussé des éloges hypocrites, ils ont encore échangé des prébendes, signé des contrats, évoqué des transferts. On a été bon chez Ardisson, chiant et introspectif chez Fogiel, brillant chez Durand, casse-couille chez Giesbert, sincère chez Poivre, énigmatique chez Dolores Oscari, ou réciproquement et enfin absent chez Vrebos, ça tombe bien lui aussi...
Faut-il pour autant brocarder la rentrée ? Non, car on y parle de livres. Et c'est rare au début d'un siècle de terreur et d'absurdité de notre occident décadent.
Ce trimestre littéraire est un mal nécéssaire où l'on donne aux gens "de lettres" l'opportunité d'écrire et de parler du vent et de la pluie, d'une jeune femme qui descend un escalier, de son mari qui ne l'aime plus, de son amant qu'elle aime encore, d'un meurtre ou d'un suicide inexpliqué, d'une larme ruisselent sur la joue d'un enfant, d'un accident qui va tout changer à la page 79...
D'après F. Beigbeder sur http://www.lire.fr
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Posté par Bertrand le mercredi 15 septembre à 10:28
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Les livres de l’été à ne pas lire.
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Chaque année, à pareille époque, nous reviennent, comme les régimes de vacances, les sempiternelles sélections de livres de l’été soumises à la subjectivité totale du chroniqueur. Prescriptives et péremptoires, ces critiques et régimes ont en commun de distribuer un supplément d’abrutissement à notre repos bien mérité et de nous priver encore un peu plus de notre libre arbitre.
En voici une de plus, mais qui prend le problème en sens inverse. Une liste de chose à ne pas lire. Notre sélection pourra paraître fielleuse, navrante, jalouse ou encore vitriolée mais tout comme il existe un moyen infaillible de reconnaître un chauffeur de taxi partout dans le monde ; c'est quelqu'un qui n'a jamais de monnaie, il existe un moyen infaillible de reconnaître un mauvais livre ; c’est un écrit qui n’a jamais fini de dire toute la bêtise voire la conviction de son auteur.
Récidives – Bernard - Henri Lévy – Grasset
Sous ce pavé (1000 pages) la plage va vous sembler bien ennuyeuse. Car derrière ce soi-disant neuvième tome de ces "Questions de principes" BHL regroupe méticuleusement ses articles, chroniques et textes divers. Ce volume aborde tous les domaines de la littérature à la politique, du grand reportage à la réflexion philosophique, de la Bosnie à L'Irak. Partialité lapidaire et commentaires foireux « le monde est une chose ; la philosophie une autre » ne contribuent en fait qu’à rajouter une pierre à l’édifice de sa propre bibliographie…
Les coloriés – Alexandre Jardin – Gallimard
Sous le couvert d’une fable poétique, cet ouvrage propose un regard quasi ethnologique sur le monde des enfants. Hippolyte Le Play, ethnologue, rencontre à Paris une fille d’un peuple ignorant du monde des adultes. Dafna a trente-deux ans, mais sa conduite reste celle d'une délurée que personne n'a jamais éduquée. Imprévisible, remuée par des émotions intactes et traversée par des désirs immodérés, cette grande fille percute toutes les certitudes d'Hippolyte. L’immaturité comme vertu sert un auteur à la recherche de bons mots. Régression thérapeutique et manichéisme sont au menu. Alexandre Jardin est auteur atteint d’une pathétique incontinence rhétorique. Sans appel.
L’américain – Franz-olivier Giesbert – Gallimard
Franz-Olivier Giesbert est un tueur et un onaniste. Entre autres car l’époque est à l’autobiographie oedipienne. Une plongée introspective assez vaniteuse dans une enfance qui l’on s’en doute n’a pas été à la hauteur de l’homme qu’est devenu FoG. Il y a beaucoup de violence et de sang, en particulier celui des poulets et des lapins de la ferme, où habite sa famille, et que le narrateur, dans un transfert un peu simpliste de l’image du père, se plaît à mettre à mort. Ce livre-psychanalyse s'efforce de déchiffrer l'énigme paternelle… Il est de plus distrayants ouvrages même si ce bouquin se veut une déclaration d’amour filial.
Archimondain Jolipunk - Camille de Toledo - ed. Calmann-Lévy
Une fois de plus le livre d’un auteur qui se fait un blason de ses audaces… « Je suis un asthmatique de l’âme. Je veux dire par là que l'époque me pose un problème respiratoire » est la seule trouvaille du livre. Le héros, "dandy anti-dandy" se veut très didactique. Il emploie un "nous" collectif qui finit par enfermer le lecteur. De plus, on se croirait entendre des jeunes étudiants en philosophie qui n’ont pas encore fini de rentrer sagement dans le moule… Fausse révolte branchouillarde assez peu divertissante et réflexion décevante sur les conditions de la révolte.
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Posté par Bertrand le lundi 19 juillet à 15:42
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Fééries anatomiques
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L’attrait de l’inconnu semble avoir cédé la place à la peur de l’incertain et le débat fait rage entre les techno prophètes et les cyber-catastrophistes. C’est pour dénoncer la vanité de ce débat que M. Michel Onfray ajoute ici un élément à son projet de philosophie hédoniste.
On le sait, La « déontologie » - dont le mot a été forgé par le philosophe utilitariste anglais Jeremy Bentham en 1825 comme un équivalent du mot « éthique » - en est venu à désigner plus précisément, surtout en médecine et en biologie, l’ensemble des règles morales qui régissent l’exercice de la profession. Les questions éthiques sont différentes puisqu’elles désignent aujourd’hui celles qui surgissent de la pratique et nous incitent ou nous obligent à réfléchir sur les fondements mêmes de ces règles morales. Comme chacun sait, ces fondements ont un caractère toujours relatif à une culture donnée – héritée d’une histoire religieuse, juridico-politique et artistique donnée. Il est vrai que nous souhaiterions qu’ils présentent un caractère absolu, mais seuls les intégrismes – y compris philosophiques – peuvent soutenir une telle position.
C’est pourquoi M. Onfray se propose ici de penser l’existence biologique du corps au monde dans un rapport électif désentravé du poids moral de la culture judéo chrétienne et de proposer son option, un corps Faustien.
Ce n’est ni le plus fouillé ni le plus dense des essais de M. Onfray mais il a la particularité paradoxale d’inviter le lecteur à démythifier son rapport à la vie, à l’acte de procréation et à la science tout en recourant à l’image d’un corps Faustien. Image elle-même mythique tout comme Prométhée et Frankenstein qui sont les trois dernières figures opérantes de notre conscience post-moderne.
On prend plaisir à lire cet ouvrage, il est salutaire à bien des égards, car il nous explique comment donner des pistes à l’acceptation des biotechnologies comme élément intégrant de notre vie future. Passéistes ardents, prenez garde !
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Posté par Bertrand le vendredi 7 mai à 9:34
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Ouest contre Ouest
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On connaissait déjà le super héros mordu par une araignée chimique quand il était petit, il s’agit de Spiderman. On connaît tout aussi bien le super héros dont l’emblème est la chauve-souris et dont l’aile protectrice se déploie au-dessus de Gotham City : voici Batman. Par contre, force est de constater que le monde des lecteurs connaît moins bien le super ex-nouveau Philosophe ; je veux bien évidemment parler de Gluksmann, pourfendeur du communisme, terreur des mouches à KK, thuriféraire des trous du Q
Dans son dernier livre, si tant est que l’on puisse qualifier de livre l’inextricable enchevêtrement de bout d’idées empreintes d’un tel manichéisme qu’il en devient presque militaire, notre super ex-nouveau philosophe reprend à son compte avec une originalité qui n’étonnera plus personne les idées de Thucydide enseignant que les conflits opposent toujours les semblables…
Enfin il prend forme le dernier avatar de l’hydre totalitaire, enfin un dernier nouvel ennemi qui vient mobiliser tout ce que le bien pensant parisien combat depuis plus d’un demi-sièclee : le nihilisme et si possible terroriste. Cette nouvelle catégorie d’individus (ennemis) réunit sous la plume de l’auteur Staline, Hitler, la bande à Bonnot ( pas U2, quoique), les Brigades rouges et les personnages de Dostoïevski.
Le plus dangereux selon moi dans cet ouvrage reste cependant le point de vue présenté où à la différence de la «vieille Europe» rongée par le pacifisme et l’altermondialisme, les Etats-Unis frappés au cœur ont gardé la Force et la Foi. Toute objection, toute demande d’explication n’est qu’antiaméricanisme vulgaire, nationalisme dangereux.
Qu’on me comprenne bien je suis ni pour les altermondialistes dont le processus de pensée relève selon moi d’un opportunisme vulgaire, ni pour les partisans de l’axe du bien, ni pour les terroristes islamistes fous, possédés par le diable, qui mangent les enfants et, en plus, manquent d’objectivité. Je pense comme Céline le dit qu’il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l'indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes en la guerre venue.
C'est difficile d'arriver à l'essentiel, même en ce qui concerne la guerre, la fantaisie résiste longtemps. (Voyage au bout de la nuit, p.33et p 82 Folio no28). Monsieur Gluksmann, adieu !
VERBORUM DELECTUS
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Posté par Bertrand le mardi 4 mai à 9:29
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